Page 90 - Rapport annuel du COR 2016 « Evolutions et perspectives des retraites en France »
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Rapport annuel du COR – Juin 2016

Les travaux du COR montrent que les dispositifs français de réversion assurent à peu près en
moyenne aux veuves le maintien du niveau de vie du couple antérieur81. Le niveau de vie des
veuves retraitées se situe pourtant en dessous de celui des couples de retraités, à cause d’effets
de structure liés à la progression des revenus au fil des générations (les veuves appartiennent à
des générations anciennes), à la mortalité différentielle (les femmes de cadres sont sous-
représentées parmi les veuves car les hommes cadres ont une espérance de vie plus élevée que
les hommes ouvriers) et au veuvage précoce (dans ce cas, la pension de réversion est
relativement faible car les droits à la retraite du défunt correspondent à une carrière
incomplète). En outre, les veuves âgées perçoivent moins de revenus du patrimoine par unité
de consommation que les couples âgés82.

Comme elles ne perçoivent pas ou peu de pensions de réversion83, contrairement aux veuves,
les femmes divorcées ou célibataires vivant seules au moment de la retraite devraient
logiquement disposer en moyenne d’un niveau de vie nettement inférieur aux veuves. Or, en
2008-2013, ce n’est pas le cas pour les célibataires et la différence de niveau de vie entre les
divorcées et les veuves n’est pas aussi importante qu’attendue. L’explication réside sans doute
dans la sociologie du divorce et du célibat. La montée du divorce et du célibat s’est d’abord
effectuée parmi les femmes les plus diplômées et les plus investies dans leur vie
professionnelle, avant de se diffuser dans tous les milieux sociaux. Parmi les générations
actuelles de retraitées, les femmes divorcées ou célibataires disposent ainsi de pensions de
droit direct plus élevées que les autres femmes de leur génération. Cependant, ceci pourrait se
révéler de moins en moins vrai au fil des générations : parmi les jeunes générations (nées
après les années 1960), les femmes les plus diplômées vivent au contraire plus souvent en
couple que les femmes les moins diplômées84.

Les hommes divorcés ou célibataires vivant seuls au moment de la retraite ont un niveau de
vie comparable à leurs homologues féminins. Le niveau de vie des célibataires est inférieur à
celui des divorcés parmi les hommes, alors que c’est l’inverse parmi les femmes. Si un
divorce entraîne généralement une moindre baisse de niveau de vie pour l’homme que pour la
femme, les hommes célibataires se caractérisent sans doute par des situations sociales et
économiques défavorables.

Ainsi, les disparités de niveau de vie selon le sexe et la situation conjugale mettent en
évidence un écart entre retraités vivant seuls et retraités vivant en couple, plutôt qu’un écart
entre les femmes seules et les hommes seuls : parmi les retraités en 2008-2013, le niveau de
vie moyen de l’ensemble des femmes seules est inférieur de 20 % à celui des couples, tandis
que celui de l’ensemble des hommes seuls est inférieur de 12 % à celui des couples. Ce
constat est relativement récent, car il y a vingt ans, on constatait surtout un écart entre les
femmes retraitées vivant seules et les autres retraités (femmes et hommes en couple et
hommes seuls) : parmi les retraités en 1996-2001, le niveau de vie moyen de l’ensemble des

81 Voir Retraites : droits familiaux et conjugaux, sixième rapport du COR, adopté le 17 décembre 2008, La
Documentation française et, pour une actualisation récente de ces travaux, le document n° 8 et le document n° 9
de la séance du COR du 15 octobre 2014.
82 Voir le sixième rapport du COR, p. 129, en ce qui concerne le patrimoine des veuves.
83 Avant le décès de son ex-mari, une retraitée divorcée ne perçoit que sa pension propre, éventuellement
complétée par une prestation compensatoire versée en rente ; après le décès de son ex-mari, elle perçoit une
pension de réversion, mais elle est susceptible de la partager avec une autre épouse ; enfin, les célibataires n’ont
pas droit à la réversion.
84 Voir le document n° 4 de la séance du COR du 15 octobre 2014.

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